6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 15:00
*
Etant donné que
je ne vais pas être présente
ces prochains jours sur le blog,
vu que je pars pour le
Festival de l'Art Imaginaire et Fantastique
à Beaumont-en-Auge
(mais si
j'en ai parlé !)
je vous propose un ch'tit texte :

Comme il arrive souvent
que l’on me pose les mêmes questions
au sujet de la réalisation de mes volumes,
voici un petit tutorial réalisé il y a quelques temps
pour un forum où je déblatère
plus ou moins régulièrement
quelques propos de bricoleuse,
avec preuves graphiques
et accablantes à l'appui.

Texte qui se veut ludique,
présentant l'élaboration variablement contrôlée
de volumes martinefa*

Ceci donnait à peu près cela.


Ce ne sont ici que mes trucs perso,
rien de garanti ni d'affirmé.
N'allez pas croire que je sois sûre de quoi que ce soit…


Pour ce faire,
nous allons prendre deux exemples
de travail différents :


Le personnage de
« Georges, le Barman de la Banquise »
 




(que le perso hein, pas les décors, sinon on a pas fini..)
réalisé dans le cadre d’un petit coucours

et « Divergence » :


L’affiche de l’une de mes expositions passées.

Deux démarches de travail différentes car,
l'une est la réponse à une demande
quasi précise avec exigences,
très proche d'une commande professionnelle en fait
et l'autre, un délire personnel.


Donc pour Georges,
qu'elles sont les précisions/exigences ? :


" Thème : Georges, devant ou derrière son comptoir.
Comme vous le savez sans doute,
notre chat (canal de discution instantané) se nomme Georges.
Ce canal est la caverne glacé de Georges,
ce grand Yéti angora, au poil bleuté,
à la face blanche,
son petit nez rose sur lequel se perche un regard aux iris noirs.

Georges est un grand gaillard,
adorable mais souvent bougon,
qui sait préparer des cocktails comme personne !!!!
Sa caverne est une taverne avec un grand comptoir de glace,
des hauts sièges tout en galet avec de petits coussins pour nos fesses
(oui, Georges est adorable vous le savez maintenant !) "

(Le texte et les fautes d'orthographe ne sont pas de moi)

Première étape lorsque je me mets au travail :
Des croquis rapides,
pour être sûre de ne pas me disperser,
d'être fidèle à ma première « vision »
et rester dans l'optique de base, à savoir :




Hum.
En plus, j'ai déjà réalisé une partie du décor,
je connais donc les position et vue pour le bidule poilu.
Ne pas oublier aussi que c'est un petit concours,
ça ne va pas me faire manger ni me rendre célèbre,
il faut donc relativiser :
Rapidité, efficacité, pas de prise de tête.



*                                               *
 


Puis la recherche de docs.
D'abords Internet,
je cherche avec les mots yeti,
Yoda (je voulais des oreilles)
Monstres & Compagnie, gorille, routier...

Pour avoir des bases
mais surtout pour savoir également
ce que JE NE DOIS PAS FAIRE.

Pour pô copier quoi.




*                                               *


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Je les imprime et les scotche
tout partout autour de mon plan de travail.

Si je ne suis pas satisfaite,
il me reste toujours mes plus de 110 fichiers cartonnés,
où sont répertoriées des pages de magazines
sacrifiés et disséqués depuis plus de quinze ans;
le tout classé dans des sujets par ordre alphabétique,
de « Absurde » à « Voiture », en passant,
entre autres, par « Humains », « Anatomie »,
« Fleurs », « Matières », « Brad Pitt en slip », etc.

Egalement,
mes propres clichés photographiques perso,
je mitraille partout et charge régulièrement
sur mon ordi à « Docs Images ».


Je dois aussi trouver les matières premières.
Ici donc, des courses « classiques »
dans des magasins de création et de tissus.
Pâte Fimo et poils sont dénichés,
suffit de commencer l'armature.

Pour « Divergence »,
les premières étapes sont toutes différentes.
Il s'agit d'un bébé très perso,
j'ai donc droit à TOUT ce que je veux,
en restant tout de même
dans le domaine du «lisible»
pour les gens normaux.
 
C'est une affiche,
il faut que ce soit attrayant, voire distrayant.
Je veux que l'on y voie un ou plusieurs robots,
avec le style que je vais encore approfondir
dans les futures années de boulot.

J'avais déjà une grosse envie de toutou-robot :

.+* LA PETITE HISTOIRE DU TOUTOU-ROBOT *+.

Lorsque Khimaira Magazine
m'avait annoncé son futur thème :
Robots, je m'étais dit
« Oh oui, un toutou, tiens ».
Oui parce que j'adore les clebs,
j'ai une chienne super que vous connaissez,
que j'exploite sous toutes les coutures :

LONA

Sauf que je n'avais pas le temps à ce moment-là
pour trouver un « concept »,
une scène où inclure ce perso avec logique.
En cherchant dans mon dépotoir d'atelier,
je suis retombée sur une série de socles de trophée,
achetés sur Ebay pour un croûton de pain rassis.
Le genre de coup de coeur
« je-ne-sais-pas-à-quoi-ça-va-servir-mais-ça-servira »
et d'autres concepts me sont arrivés en tête.
Le chien est retourné à sa niche
en attendant des jours meilleurs...


Donc là, pour l'affiche,
le revoici me faisant les z'yeux doux.
Que pourrait-il faire ?
Un chien dans une pose ludique,
c'est souvent lorsqu'il pisse, la patte en l'air.
En plus, ça donnerait un « indice »
sur l'objet en question
et le rendrait plus compréhensible.


Bon, soit, il pisse.
Donc un mâle, ne pas oublier
les attributs masculins,
même mécaniques. Touche d'humûr.

Sur quoi et pourquoi ?
'peut pas rester la patte en l'air comme ça.

Une roue de voiture ?
Classique.

Quelque chose d'esthétique,
de « beau » comme une statue ?
Qui aurait une attitude particulière ?

Sympa mais trop long à réaliser.

Un humain mécontent ?
Trop long/difficile/chiant/dur.

Un confrère, un acte d'insolence ?
Ca chauffe…

Et là,
un flash d'au moins quatorze ans en arrière :

Je me revois, à saliver devant une vitrine
de bibelots en étain, convoiter un objet
d'une quinzaine de centimètres de hauteur,
que je n'ai pu m'offrir faute de moyen.

Un chien (normal)
affublé d'une expression narquoise,
qui urine au pied d'un arbre,
sur lequel est perché un chat (normal),
qui se retrouve donc hors de portée du clébard.
Cette scène m'avait ravie,
je la trouvais super marrante.
Elle était restée dans un coin de ma mémoire
pour ressurgir à ce moment précis.
Un chat. Super.

En plus,
je vois déjà comment lui faire le gros dos :
des plaques qui se hérissent…
J'en bave d'avance.

Et puis je fais partie du CCC
les adore,
alors tout est pour le mieux.
OK, pour l'histoire,
je vais l'interpréter à ma manière,
avec des robots.

Seulement, un arbre,
c'est trop différent au niveau des proportions,
de ces deux animaux de compagnie.
Il va être immense dans la page,
les deux autres invisibles,
l'affiche sera un flop.


Un autre élément plus bas, moins grand.
En plus le chien étant un robot rouillé,
il sera plus crédible qu'il ne puisse
atteindre facilement le chat,
même à une hauteur restreinte.
Les pièces du puzzle s'imbriquent.

Une poubelle ?
Pas intéressant au niveau réalisation.
Un truc qui situe la rue…
Qui rappelle la vie de tous les jours…
Pas un parcmètre,
déjà exploité par le grand Franquin,
paix à son âme.

Je ne sais plus comment
est arrivée la bouche d'incendie dans ma tête,
des fois ça arrive comme ça.
Pas de souci, je prends.


La scène est donc définie.
Une grosse partie du travail, quoi.
Pas de croquis de recherche.
Ce serait trop difficile à suivre
et à respecter, avec le peu de temps
que je me suis donné
(une semaine pour l'affiche, prises de vue,
retouches et mise en page comprises).


Donc à nouveau, étape incontournable :
Recherche de docs.

*                                               *

*                                               *

Ensuite, c'est la richesse des éléments
que j'ai accumulés dans mon atelier,
depuis des années,
classés par matière, taille, etc.
qui donnera les directions de base.


Commencer par l'objet
qui sera reconnu au premier abord,
donc à respecter en toute priorité :
La borne d'incendie.

En fonction de ce que je trouverai
comme objets pour qu'elle soit
le plus reconnaissable possible,
c'est eux qui donneront donc
les proportions générales de la scène,
celles que je vais devoir garder par la suite
pour réaliser le chien et le chat.

Ce qui n'est pas toujours une obligation,
puisque éventuellement,
je peux les prendre en photo séparément
et les assembler sous Photoshop plus tard
(ce fut le cas pour Georges et son décor).
Pas possible présentement,
puisque je veux que la scène soit visible
sous vitrine à l'expo qui approche.


Et là,
travail de fouille, de comparaison
et d'exigence sur soi-même.

Des fois je trouve tout ce qu'il faut sur place,
tout peut démarrer de suite.
Des fois je bloque
sur un ou plusieurs éléments qui manquent.


Bon.

Direction le magasin
«Big-Bazar-mon-grand-pôte»
aux rayons jouets en plastique pour gamin,
bricolage, couture, voire ustensiles de cuisine.

Parfois des gens me trouvent
en pleine réflexion Newtonnienne,
un collier de gamine dans les mains.
Je calcule juste en tête où
et comment cela interviendra dans le futur volume.

Au moment de régler,
le caissier me prend pour une fétichiste du kitch.

M'en fous :
« Peux avoir une facture, s'ious plaît ? ».

Parfois,
je ne trouve pas ce que je recherche.
Ni dans les hypermarchés,
ni dans les magasins d'outillage.
Dernier recours : magasin Crea.
Là, ça commence à sentir le roussi.

Si par malheur,
je ne déniche pas la perle rare,
je finis par déambuler entre les têtes de gondole,
l'oeil hagard, la situation devient critique.
Un vendeur me demande
« On peut vous aider mademoiselle ? »

Nan.'pouvez pas. Laissez-moi mourir..
Et je pars me suicider,
la tête la première dans un pot de Nutella
« 650gr + 15% gratuits ».

Nan, ils ne peuvent pas m'aider,
j'ai déjà essayé.
Une fois j'ai tenté d'expliquer
par mimes et termes divers et variés,
la pièce manquante à un projet super sérieux.


Le vendeur a fini par reculer doucement,
ne me quittant pas des yeux
et sans me tourner le dos,
a tendu le bras vers un combiné téléphonique
pour contacter l'hôpital psychiatrique le plus proche,
pour savoir si l'une de leur pensionnaire
ne se serait pas évadée
et qu'il aurait retrouvée miraculeusement
à l'étage « colles et autres stupéfiants ».


Depuis,
mes problèmes existentiels,
je me les garde pour moi.
Je pars juste sur une autre alternative,
qui finit souvent par être plus intéressante
qu'à la base.

Bref.

Je reviens les bras chargés de trésors,
accueillie amoureusement par un
« K'esss que c'est encore que ces merdes ! ».
Les pièces dénichées,
le travail d'assemblage peut commencer.

Par exemple, pour le chat,
ça donne ça au départ :




Pour le toutou :
 

Par la suite,
tout n'est qu'une question d'assemblage,
d'emboîtage, d'injures et de chance de cocu.


*

Pour revenir à Georges et son armature,
éloignez les enfants de l'écran
car c'est très chaud,
il est tout nu :




Un oeil averti remarquera facilement
qu'il y a comme un souci avec la base en fil de fer.

 
En effet la tête,
une fois recouverte de pâte Fimo
travaillée durant des heures,
aura pris beaucoup de poids.


Et cette armature que j'ai bâclée faute de temps,
me donnera d'amers regrets durant la cuisson.
Elle ne sera pas suffisamment stable
et Georges trouvera très drôle de s'écrouler
en plein milieu du séchage artificiel.

Au son du bruit de la chute,
me voici les genoux au sol de la cuisine,
les mains vers le ciel, hurlant au tout puissant :
« Pourquoi ? POURQUOI ? »
la Lona hurlant à la mort, toussa.
Bref,
une grande scène de cinéma comme on en fait plus.

Mais ce sont des choses qui arrivent.
Heureusement pour moi,
le concours était un rendu en deux dimensions,
pas l'objet en lui-même
et j'ai pu réparer les petits dégâts sous Photoshop,
après avoir terminé d’habiller le bonhomme
de poils Z'et de plumes
(rhôÔ ! Encore tout nu là !) :




Il n'a eu que la truffe et le sourcil un peu aplatis.
Il y a bien sûr des solutions
pour remédier à ce genre d'incident,
mais je n'ai pas le temps.
Il présente encore très bien dans sa vitrine.


Quand à « Divergence »,
comme je l'ai déjà dit,
une fois que les différents objets sont trouvés,
il suffit de les imbriquer
et de les maquiller avec des patines.

Si certains rendus ne sont pas satisfaisants,
la retouche photo fera le reste.
Le gain de temps se trouve là aussi.


Bien sûr,
il ne s'agit ici que de travaux
présentables en document 2D.

Les exigences sont autres lorsque
la « sculpture » doit se suffire à elle-même.
Bien que « Divergence » a été mise à la vue
des courageux qui se sont déplacés
jusqu'à « L'Arche de Morphée ».

Hum.

Voilà.
Je crois que j'en ai beaucoup dit,
j'espère avoir éclairé la plupart de vos questions.

Et je vais arrêter là

pour vos petits yeux fatigués !
*

Published by martinefa - dans Volumes*